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Lenteur

L'urgence de vivre, éloge de la lenteur

Comment interagir avec les humains de demain ?

Cette idée s’est imposée à moi en constatant à quel point il peut parfois être difficile de capter l’attention de l’autre, de se faire écouter vraiment, d’engager une conversation sans faire face à un dialogue formaté, une distraction, une écoute partielle — ou pire, un ennui.

Quelle est la source de ceci ? L’immédiateté, les rapports de force ? Peut-être. Speed dating, IA, fast-food, tgv, poser sa voix pour s’imposer vite fait, réduire la complexité d’une personne ou d’un lieu avec une note sur 5 étoiles … Quelle est cette étrange quête de la vitesse et de la performance mesurée uniquement en termes de rentabilité, de temps, au mépris de ce qui fait la complexité, la diversité ? Certaines propositions ont parfois du sens, mais je les ressens souvent comme une violence au détriment de notre humanité. Une tyrannie à laquelle on voudrait s’opposer, ou simplement fuir.

Je souhaite pouvoir prendre le temps de me connecter aux autres dans des circonstances qui le permettent : une marche durant laquelle on pourrait s’accorder des arrêts, toucher les arbres. Tout en étant attentif à l’air, au frémissement de l’eau, à la respiration de la personne qui vous accompagne, à ses expressions, ses doutes, ses joies, ses questionnements.

Prendre part à un voyage en train de nuit, ouvrant une soirée avec une personne inconnue sur une partie d’échecs.

Prendre le temps de cuisiner pour soi ou ses proches, avec passion.

Observer et être attentif aux envies du chien qui nous accompagne durant notre promenade le matin. Dépasser ce statut d’animal domestique pour enfin le considérer comme un être sensible.

Réellement être présent à un concert sans en faire un objet de collection dans notre smartphone.

S’arrêter pour écouter cette personne qui joue un air inconnu au coin de la rue.

Une halte à la machine à café pour découvrir la personne derrière notre collègue de travail.

Une sieste improvisée, juste parce qu’on en ressent l’envie ou le besoin.
Ne pas aller contre son propre rythme.

Ne pas se retourner en fin de vie pour constater qu’on a perdu un temps précieux, unique, sans prendre le temps de réfléchir à ce qu’on voulait de la vie.

Rapide. Urgent. Quand tout l’est, rien ne l’est.


Au sujet de la performance à tout prix :
Éloge du bug
Être libre à l’époque du numérique
Marcello Vitali-Rosati



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